Église-Maison
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la doctrine de l’église-maison |
Première
partie
Que l’église du début ait tenu
principalement ses réunions dans des maisons privées est un fait bien connu et
incontesté (Ac 16:40, 20:20, Rm 16:3-5a, 1 Co 16:19,
Col 4:15, Phm 1-2b, Jc 2:3). Ce qui est moins connu, c’est que
l’église du premier siècle a continué cette pratique pendant des centaines
d’années, bien après que les écrits du Nouveau Testament aient été complétés.
C.F. Snyder a fait la remarque suivante : « l’Église du Nouveau
Testament a commencé sous la forme d’une petite église-maison (Col 4:15)
et il en a été ainsi jusqu’au milieu ou vers la fin du troisième siècle. Rien
n’indique qu’il y ait eu de plus grands lieux de rassemblement avant
300. »1 La pratique quasi universelle de l’église a été de se
réunir dans des maisons pendant une période plus longue que l’existence des
États-Unis comme nation. M. Snyder dit aussi : « Aucune évidence
littéraire ou archéologique n’indique qu’une de ces maisons ait été transformée
en l’un des bâtiments d’église qui existent toujours. Par ailleurs, aucune de ces
églises qui existent à ce jour n’a été construite avant Constantin. »2
Pourquoi les églises-maison ont-elles été la norme pendant si longtemps?
La persécution?
L’explication la plus répandue pour
l’existence des premières églises-maison est la pression de la persécution
semblable à celle vécue aujourd’hui en Chine. Cependant, aurait-il pu y avoir d’autres raisons tout
aussi importantes pour entretenir la communion dans les maisons? Supposons
qu’il n’y ait pas eu de persécution pendant le premier siècle. Devons-nous
croire qu'on aurait construit des bâtiments d’église sur-le-champ et que les
congrégations individuelles seraient devenues énormes, étant limitées seulement
par les dimensions du plus gros bâtiment disponible dans une communauté?
On néglige souvent de reconnaître que
les disciples de Jésus se sont parfois rencontrés dans des maisons au même
moment qu’ils « obtenaient la faveur de tout le peuple »
(Ac 2:47). La persécution n’a pas toujours été un facteur. Selon 1 Corinthiens 14:23 (« Si donc
toute l'Église est assemblée en un même lieu, et […] des incrédules y
entrent »), il était possible que des non-croyants assistent aussi aux
réunions d’église, alors leur lieu de rencontre n’était pas toujours un secret
pour ceux du dehors. Il est faux de dire que les premiers croyants étaient
persécutés partout et en tout temps. La persécution antérieure à 250 apr. J.-C.
était sporadique, localisée et très souvent le résultat des hostilités d’une
foule (plutôt qu’un décret émis dans tout l’empire par un dirigeant romain).
Étonnamment, les dirigeants romains sont souvent présentés assez positivement
par les auteurs du Nouveau Testament puisqu’ils sont intervenus afin de
protéger les chrétiens de la persécution locale illégale du judaïsme incrédule
(Ac 16:35, 17:6-9, 18:12-16, 19:37-38, 23:29, 25:18-20, 25:24-27,
26:31-32). Avant 250, la chrétienté était illégale mais généralement tolérée.
En fait, une persécution généralisée n’est pas arrivée avant l’Empereur Décius
en 250 apr. J.-C., suivi de Gallus (251-253), ensuite de Valérien (257-259) et
finalement de Dioclétien (303-311).3 Quelqu’un, quelque part, aurait
pu construire un bâtiment d’église spécial dans les 200 ans avant Decius mais,
à l’évidence, personne ne l’a jamais fait.
(Même en Chine aujourd’hui quelques croyants parviennent à construire des
bâtiments d’église.) Cela suggère qu’il y avait peut-être une raison
théologique à ces réunions maison.
Lorsque les persécutions ont commencé,
Paul savait exactement où aller pour arrêter les chrétiens, malgré le fait
qu’ils se réunissaient dans les maisons (Ac 8:3). Plus tard, en réaction à la persécution du
gouvernement, l’église de Rome s’est rencontrée sous terre dans les catacombes
pour plus de sureté. Cependant, même l’existence de la persécution n’a pas
écarté cette préférence profonde et voulue pour des congrégations plus petites
de type églises-maison. Il reste que tout ce qui a été écrit dans le Nouveau
Testament l’a été pour des églises-maison et c’est sans doute dans un contexte
petit et à l’image de la famille que la vie d’église idéale du Nouveau
Testament se réalise le mieux.
La pauvreté?
La pauvreté peut-elle être un facteur
déterminant qui explique l’absence totale de bâtiments d’église à l’époque du
Nouveau Testament et dans les siècles suivants? La plupart des premiers convertis au christianisme
venaient du Judaïsme. La construction de synagogues était chose commune dans le
monde méditerranéen. Sans doute, ces gens auraient aussi eu les moyens de
construire des bâtiments d’église. La mise en commun des biens dans
Actes 4:32-36 révèle que plusieurs nouveaux convertis détenaient des
terres et des maisons. Un peu plus tard, la majorité des convertis étaient des
Gentils. Des païens comme eux parvenaient d’une façon ou d’une autre à construire
d’énormes temples à leurs dieux. Les chrétiens gentils n’auraient-ils pas eu
les moyens eux aussi de construire des endroits où l’église peut s’assembler?
Que certains des élus de Dieu aient été
riches est clair par le conseil que reçoit Timothée : « Recommande
aux riches du présent siècle de n'être point orgueilleux; de ne point mettre
leur confiance dans l'incertitude des richesses, mais dans le Dieu vivant, qui
nous donne toutes choses abondamment pour en jouir; de faire le bien, d'être
riches en bonnes œuvres, prompts à donner, faisant part de leurs biens;
s'amassant ainsi pour l'avenir un trésor placé sur un bon fonds, afin d'obtenir
la vie éternelle. » (1 Tm 6:17-18). Aussi, Jacques fait une mise en garde au sujet du
favoritisme démontré envers ceux qui viennent à l’assemblée de l’église et
portent un anneau d’or et des vêtements magnifiques (Jc 2:1-4), indiquant
ainsi que de telles personnes faisaient partie de l’église.
Il y a un autre exemple démontrant la
présence de croyants fortunés dans le reproche que Paul fait aux riches de
Corinthe qui offensent les pauvres en refusant de partager avec eux le Repas du
Seigneur : « N'avez-vous pas des maisons pour manger et pour boire?
Ou méprisez-vous l'Église de Dieu, et faites-vous honte à ceux qui n'ont rien?
Que vous dirai-je? Vous louerai-je? Je ne vous loue point de cela. »
(1 Co 11:22). La pauvreté
à elle seule ne s’avère donc pas un facteur déterminant expliquant l’absence de
bâtiments d’église pendant les premiers siècles.
Des progrès?
Certains pensent que la pratique de l’église-maison est une phase légitime
voulue par Dieu pour la croissance initiale de l’église, une étape transitoire
vers la maturité. Les églises-maison sont donc une caractéristique de l’église
dans ses débuts, mais pas dans sa maturité. Il était bon et naturel,
disent-ils, que l’église grandisse au-delà des pratiques premières et développe
des façons très différentes, mais dans le même esprit, que les pratiques des
apôtres telles que décrites dans les Écritures. C’est ainsi que l’érection de
cathédrales, les grands cultes, la désignation d’un évêque présidant les
églises d’une ville, le développement du système de presbytère hiérarchique
moderne, et même la fusion éventuelle de l’église et de l’État après Constantin
sont considérés comme des avancées positives.
Pourtant, les apôtres semblent avoir
voulu que les églises adoptent le modèle précis qu’ils avaient originalement
établi. Par exemple,
les Corinthiens sont louangés de conserver les traditions des apôtres au sujet
de la forme d’église (1 Co 11:2). On les presse de conserver les
différentes pratiques de l’église basées sur la pratique universelle de toutes
les autres églises (1 Co 11:16, 1 Co 14:33b-34). Les
Thessaloniciens sont directement commandés de conserver les traditions des
apôtres (1 Th 2:15). Les apôtres ont été choisis et formés
personnellement par notre Seigneur. Qui mieux
que les premiers apôtres pour comprendre le but de l’église? Les
pratiques qu’ils ont établies pour les activités de groupe de l’église
concordaient certainement avec la compréhension qu’ils avaient du but de
l’église. Du respect pour l’Esprit par lequel ils ont été dirigés devrait nous
inciter à choisir leur modèle d’organisation plutôt qu’une idée suggérée par
notre esprit créatif.
L’absence totale d’instruction dans le
Nouveau Testament au sujet de la construction de bâtiments spéciaux pour le
culte est aussi révélatrice. Cela fait
contraste avec la loi mosaïque de l’Ancienne Alliance qui contenait des plans
précis pour le tabernacle. Lorsque les auteurs du Nouveau Testament ont soulevé
la question, ils ont fait remarquer que les croyants eux-mêmes sont le temple
du Saint-Esprit, des pierres vivantes assemblées ensemble pour former un
édifice spirituel dont Jésus-Christ est la pierre angulaire
(1 P 2:4-5, Ep 2:19-22, 1 Co 3:16, 6:19). Dans le
meilleur des cas, les bâtiments d’église laissent notre Seigneur indifférent.
Au pis, ils sont un retour charnel sous l’ombre de la loi mosaïque. L’enjeu
n’est pas vraiment où l’église se réunit, mais où et comment elle peut le mieux
accomplir ce que Dieu commande. Une des raisons principales de construire des
bâtiments d’église est de pouvoir accueillir plus de gens que dans un salon de
taille moyenne. Néanmoins, il est bon de se questionner sur le bon sens de
construire de plus grands édifices puisque d’avoir trop de gens présents nuit
d’abord et avant tout à la raison pour laquelle une réunion d’église est tenue!
Il est bien d’avoir de grandes foules pour un service de louange, des réunions
d’évangélisation ou pour écouter une prédication, mais l’église doit se
rencontrer pour quelque chose de totalement différent que ces activités (voir
ci-dessous).
Un modèle
qui n’est pas sans raison
Le modèle d’église-maison établi par
les apôtres a-t-il une raison d’être? Concrètement, quels sont les effets de se
réunir dans une maison pour un croyant? Dans le domaine du design, c’est un
axiome que la fonction détermine la forme. Ce que les apôtres croyaient au
sujet de la fonction de l’église s’est évidemment reflété dans la forme qu’a
adoptée l’église du premier siècle. Certaines pratiques particulières de
l’église (maison) du premier siècle valent la peine d’être examinées.
1. La plus grande valeur de l’église-maison
réside dans sa théologie de communauté. Les auteurs apostoliques ont décrit l’église à l’aide
de termes appartenant à la famille. Les croyants sont les enfants de Dieu
(1 Jn 3:1) qui sont nés dans sa famille (Jn 1:12-13). Le peuple
de Dieu est considéré comme faisant partie de la famille de Dieu (Ep 2:19,
Ga 6:10). Ils sont appelés frères et sœurs (Phm 2, Rm 16:2). Par
conséquent, les chrétiens doivent interagir les uns avec les autres à la manière
des membres d’une famille (1 Tm 5:1-2; Rm 16:13). Les enfants de
Dieu sont une famille et ce fait théologique soulève de nombreuses questions
pratiques pour l’église. La question se
pose alors ainsi : quel est la meilleure situation pour fonctionner en
tant que famille de Dieu?
2. Plusieurs spécialistes sont persuadés que le
Repas du Seigneur était à l’origine célébré chaque semaine comme un repas
complet de communion (le Festin Agape). Chaque église locale est comme une famille
(1 Tm 5:1-2) et l’une des choses les plus communes que font les
familles est de manger ensemble. Les premières réunions maison axées autour de
la Table du Seigneur étaient des moments formidables de camaraderie, de
communauté et d’encouragement (Lc 22:16-19, 29-30, Ac 2:42, 20:7, 1 Co 11:17-34).
Au lieu d’avoir une ambiance de funérailles, le Repas du Seigneur servait à
anticiper le Banquet de Noces de l’Agneau (Ap 19:6-9). Plus une
congrégation individuelle s’élargit,
moins elle s’apparente à une famille. Le Repas du Seigneur devient plus
impersonnel et il n’est plus pratique de le célébrer comme un vrai repas.
Quelques siècles plus tard lorsque l’église abandonna les réunions maison, le
Repas du Seigneur a été démuni de tout, à l’exception de la consommation
symbolique d’un morceau de pain et d’une gorgée de vin.
3.
Les réunions d’église du premier siècle étaient manifestement
interactives (1 Co 14, He 10:24-25, Ep 19-20,
Col 3:16). Tous les frères pouvaient prendre parole. Tout ce qui était dit
devait l’être dans le but d’édifier et de fortifier l’église. C’était là le
critère. Puisque de prendre la parole publiquement est une grande crainte pour
plusieurs, les réunions participatives sont plus appropriées dans les
rassemblements d’église-maison où les gens se connaissent les uns les autres et
sont de vrais amis. Les réunions participatives ne peuvent se faire avec de
grands groupes. Lorsque les maisons ont été remplacées par le sanctuaire, les
réunions interactives ont été remplacées par des cultes.
4. Les Écritures regorgent de commandements qui
visent « les uns les autres ». La responsabilité devant les autres,
la communauté et le maintien d’une discipline d’église sont partie intégrante
de l’église (Mt 18:15-20). On parvient mieux à ces idéaux dans de petites
congrégations où les gens se connaissent et s’aiment les uns les autres.
L’église, c’est des relations interpersonnelles. Un grand auditorium rempli de
gens qui, pour la plupart, se connaissent très peu ne parviendra pas à
atteindre ces buts. On entretient un christianisme où il est facile de l’être
que de nom puisqu’on peut aisément se fondre dans la foule. Les églises qui se
réunissent dans les maisons favorisent la simplicité, la vitalité, l’intimité
et la pureté que Dieu veut pour Son église.
5.
L’église du Nouveau Testament a clairement désigné des responsables
(anciens, pasteurs, évêques). Néanmoins, ces responsables dirigeaient plus par
l’exemple et la persuasion que par le commandement. Un consensus de toute la
congrégation sous la conduite des anciens était de première importance dans la
prise de décisions (Mt 18:15-20, Lc 22:24-27, Jn 17:11, 20-23,
1 Co 1:10, 10:17, Ep 2:19-20, 4:13-17, Ph 2:1-2,
1 P 5:1-3). Parvenir à un consensus est possible dans une église où
chacun se connait, s’aime, se soutient, est patient avec l’autre, et est engagé
envers l’autre. Cependant, plus le groupe s’agrandit, plus il est difficile de
maintenir des relations et de communiquer. Dans une grande congrégation, le
pasteur tient plutôt le rôle de chef de direction d’une société.
6.
L’église du premier siècle a bouleversé le monde entier (Ac 17:6)
et elle l’a fait en mettant en pratique le modèle d’église-maison du Nouveau
Testament. Les églises-maison ne sont pas coûteuses, sont dirigées par les
laïcs, se reproduisent rapidement et ont un fort potentiel de croissance par
l’évangélisation. De petits moyens peuvent mener loin! Pour Dieu, de grandes
œuvres ne dépendent pas de grandes capacités. Paul a rappelé que « Dieu a
choisi les choses folles du monde pour confondre les sages, et Dieu a choisi
les choses faibles du monde pour confondre les fortes, et Dieu a choisi les
choses viles du monde et les plus méprisées, même celles qui ne sont point,
pour anéantir celles qui sont, afin que
nulle chair ne se glorifie devant lui. » (1 Co 1:27-29).
7. Le Nouveau Testament nous presse de
soutenir avec générosité les missionnaires, les évangélistes, les anciens
compétents et les pauvres (1 Co 9, 1 Tm 5:17-18,
3 Jn 5-8). Lequel de ces deux groupes de croyants serait le plus en
mesure de financer des implanteurs d’église et de subvenir aux besoins des
pauvres : un millier de croyants assemblés dans une église traditionnelle
avec son propre sanctuaire, auquel on a joint une aile pour l’école du dimanche
et un centre pour la famille (un gymnase) ou bien un millier de croyants
répartis dans des églises-maison s’entraidant en réseau? Des sondages effectués
par des congrégations protestantes en Amérique révèlent qu’environ 80 %
des revenus de l’église servent aux bâtiments, au personnel et aux programmes
internes; 20 % seulement vont à l’évangélisation et à l’aide. Dans les
réseaux d’églises-maison, ces pourcentages sont facilement réversibles. Être
libéré du fardeau de construire des bâtiments d’église et d’assumer les
dépenses qu’ils entraînent permet d’investir de plus grosses sommes d’argent
dans le soutien aux ouvriers de l’église et aux pauvres.
8. Puisqu’ils se réunissaient presque
exclusivement dans des maisons privées, la congrégation typique de l’ère
apostolique était petite. On ne
mentionne jamais de nombre exact dans les Écritures, mais il n’y avait
généralement pas plus de gens que ce qu’un salon de taille moyenne peut
contenir sans qu’on y soit trop à l’étroit. Le modèle est conçu pour de petites
églises et non des grosses. Au sujet de la taille des maisons du premier
siècle, Robert Banks, professeur au séminaire Fuller, a écrit « la salle
familiale d’une maison relativement aisée pouvait contenir environ 30 personnes
tout en étant confortable — peut-être une moitié de plus si absolument
nécessaire […] il est peu probable qu’une réunion de “toute l’église” aurait
excédé les 40 ou 45 personnes, et ça peut bien avoir été moins […] Dans aucun
cas on ne doit penser qu’elles ont été plus grandes […] Même les réunions de
“toute l’église” étaient assez petites pour qu’une relation intime se développe
entre ses membres. »4
Conclusion
Nous ne préconisons pas de se réunir
dans les maisons simplement pour se réunir dans les maisons. Nous avançons que l’église
apostolique n’a pas construit de bâtiments d’église en grande partie parce
qu’elle n’en avait tout simplement pas besoin. La volonté de Dieu pour l’église
typique est qu’elle soit de la taille d’un salon. Les lettres qui ont été
écrites aux différentes églises du Nouveau Testament ont été écrites à des
églises-maison. Parce qu’elles ont été écrites à des églises-maison, les
instructions qu’elles contiennent sont adaptées au fonctionnement d’une petite
congrégation — elles n’étaient pas destinées à être appliquées à un grand
groupe. Pour cette raison, elles ne fonctionnent pas dans un tel contexte.
Essayer d’appliquer les pratiques de l’église du Nouveau Testament à une grande
église contemporaine est tout aussi anormal que de verser du vin nouveau dans
de vieilles outres (Mt 9:17).
— Steve Atkerson
Deuxième partie
Pourquoi insistons-nous sur le fait que
les églises doivent se réunir chez les gens? Ailleurs ne ferait-il pas
l’affaire? Plusieurs églises qui pratiquent ce que nous défendons se réunissent
dans des librairies chrétiennes ou dans des cafés qui ont un salon, comme dans
une maison privée; qu’y a-t-il de mal à cela? Bien, je suppose que dans
certaines régions du monde, les Eskimos se réunissent dans des igloos et les
Amérindiens dans des tipis; et bien sûr, par une belle journée ensoleillée (eh
oui, nous en avons nous aussi occasionnellement en Angleterre), peut-on
s’opposer à se réunir dans une cour ou dans un champ quelque part? À ceci, je
n’ai aucune objection, mais je désire seulement rappeler un point
essentiel : la forme des rassemblements d’église du Nouveau Testament
gardait les églises individuelles petites, ce qui faisait en sorte qu’elles
auraient pu s’assembler dans une maison sans problème. Après tout, qu’a besoin
de plus l’église biblique pour ses rassemblements que les maisons de ceux qui
en font partie? Et lorsque des églises bibliques se réunissent dans les salons
des librairies ou des cafés – en fait, dans n’importe quel autre lieu public –
il y a un problème important qui (espérons-le) devra éventuellement être réglé,
mais dont certains semblent totalement inconscients.
Il est vrai que l’église pourrait se
rencontrer dans un lieu public et demeurer assez petite pour fonctionner de la
manière que les Écritures l’enseignent; et si ce lieu public peut être organisé
un peu comme un salon où on se sent « comme chez soi », alors c’est
tant mieux. En fait, si en plus on a accès à une cuisine, alors il n’y a même
aucun problème pour partager le repas agape ensemble. Mais un problème
surviendra, et il n’est pas négligeable. C’est simplement ceci : la
première génération de l’église biblique peut très bien s’assembler et se
réunir de cette façon sans aucun problème – mais qu’arrive-t-il si l’église grandit
et qu’elle donne naissance à d’autres églises? (Je présuppose ici, en
m’appuyant sur les Écritures, que cette église fictive désire en effet grandir
en nombre, comme le Seigneur le permet, et non garder seulement les mêmes
membres pendant toute son existence.) Alors, voyez-vous le problème? Cette
église ne peut devenir plus grande (même si on peut accueillir plusieurs
personnes puisque le lieu de rencontre est public) parce qu’elle ne pourra plus
fonctionner de la façon que le Nouveau Testament le lui enseigne et qu’une
autre église a besoin de voir le jour. Et c’est là le problème : où cette
église se réunira-t-elle?
Bien sûr, il peut y avoir plusieurs
librairies et cafés chrétiens qui ont un salon et une cuisine et probablement
que les nouvelles églises pourraient les louer. Je crois toutefois qu’une
importante question demeure : pourquoi ne pas simplement se réunir dans
les maisons? Ce que je veux dire, c’est quel est le problème à faire cela?
Après tout, c’est ce que chaque église des Écritures a fait. (Chaque fois qu’on
mentionne le lieu d’une église dans le Nouveau Testament, c’est toujours, sans
exception, dans la maison de quelqu’un.) Alors pourquoi, oui, pourquoi,
voudriez vous faire autrement? Pourquoi une église qui est biblique sur tous les
autres points, et qui croit qu’elle doit faire les choses comme elles étaient
faites à cette époque, aurait-elle décidé de faire autrement à ce sujet?
Serait-il possible (bien que
probablement pas) que cela cache un malaise à ouvrir nos maisons aux autres?
Peut-être est-ce trop intime? Les apôtres de Jésus enseignèrent aux croyants à
ouvrir leurs maisons les uns aux autres et à faire les rassemblements d’église
dans leurs maisons. Après tout, me connaît-on vraiment si ma vie privée à la
maison n’est pas ouverte à ceux avec qui j’ai une communion? Les gens me
connaissent-ils assez, vraiment et profondément s’ils ne voient pas
régulièrement ma vie à la maison et ma vie familiale et que je ne la partage
pas avec eux? Allons-nous croire que de se réunir dans les maisons était un
aspect seulement secondaire pour la vie de l’église comme on la trouve dans les
Écritures, ou bien n’est-ce pas aussi significatif et important que les autres
aspects comme les réunions libres et participatives, le partage du Repas du
Seigneur comme un repas complet et la mise en pratique d’un gouvernement
biblique d’église par consensus? Je vous assure que le fardeau de la preuve
repose surtout sur ceux qui ne considèrent pas cela comme important!
Cependant, je tiens à dire que dans les
endroits où les maisons sont vraiment trop petites pour recevoir plus que trois
ou quatre personnes à la fois (à Tokyo peut-être?), alors faites ce que vous
pouvez pour trouver une autre option. L’ironie, c’est qu’où cette tendance est
particulièrement répandue, en Amérique, les maisons sont surtout assez grandes.
(Du moins, elles le sont selon nos standards ici en Angleterre. Justement, à
notre église, on remplit les maisons les uns des autres et advienne que pourra,
même si dans certaines maisons, comme dans la mienne, vous ne pouvez même plus
voir le tapis.)
Alors si vous êtes une église biblique
qui se réunit dans un café quelque part, c’est bien; c’est sûrement mieux que
d’être une église non biblique qui se réunit chez quelqu’un. Cependant,
considérez que si vous grandissez et devenez trop nombreux pour ne rester
qu’une seule église (et comme je l’ai déjà mentionné, vous devriez désirer que
ce soit le cas), alors il sera ridicule d’essayer de trouver d’autres cafés
chrétiens ou autres choses à louer plutôt que de simplement tenir les
assemblées d’église dans les maisons de ceux qui en font partie. Il serait tout
aussi ridicule que la nouvelle église se réunisse dans une maison tandis que
l’église d’origine continue à se réunir dans un café, une librairie, une salle
communautaire ou autre chose.
Peu importe comment vous abordez la
question, il demeure illogique de ne pas faire les choses comme les églises du
Nouveau Testament l’ont fait sous la direction des apôtres. En effet, une
église peut se réunir dans un lieu public et demeurer réellement biblique dans
tous les autres aspects de sa pratique. Mais la question demeure : si on
considère les deux options, quand c’est réalisable de se réunir dans les
maisons et sachant que c’était la pratique universelle des églises du Nouveau
Testament comme l’ont enseigné et commandé les apôtres de Jésus, alors pourquoi
donc une église pourtant biblique en tout autre point déciderait-elle de faire
autrement sur ce point?
— Beresford
Job
Troisième partie
Que peut faire l’église pour empêcher que la
famille hôte ne se fatigue de recevoir? Les écrits du Nouveau Testament
nous indiquent que le même couple accueillait l’église chaque semaine. C’était
probablement dû au fait que les plus grandes maisons dont on avait besoin pour
accueillir quelques dizaines de personnes n’étaient pas en grand nombre.
Certaines personnes ont vraiment un don pour l’hospitalité et se feront un
plaisir d’être les hôtes chaque semaine. Cependant, cela peut être très
exigeant. C’est particulièrement un problème lorsque l’une des personnes du
couple ne comprend pas l’autre. Généralement, la personne inconsciente de
l’ampleur de la tâche (habituellement l’homme) ne comprendra pas le fardeau que
porte l’autre (généralement la femme) en accueillant l’église chaque semaine.
Des membres de l’église pourraient venir aider à nettoyer avant et après la
réunion. Une autre option est de faire une rotation du lieu de rencontre chaque
semaine en se partageant la tâche entre ceux qui ont une demeure appropriée
pour cela. C’est bien que les autres apprennent à être hospitaliers! De plus,
chaque maison peut avoir ses propres règles, comme : enlever ses souliers
en entrant, ne pas sauter sur les divans, ne pas manger dans le salon, etc.
Que faire si les maisons sont petites et
inadéquates pour les réunions? Cela peut être un vrai problème. Bien sûr,
les maisons en Chine sont petites et ils se réunissent quand même là pour
l’église! On peut alors agrandir la maison pour faire la salle de réunion plus
grande, défaire un mur, ou bien enlever plusieurs meubles de la salle de
réunion ou encore se réunir tout près dans un garage. Si tout cela est
impossible, louer un local ou autre chose de semblable peut faire l’affaire,
pourvu que l’objectif ne soit pas d’y avoir plus de gens que ce qu’une maison
moyenne aisée pourrait contenir. L’église-maison typique du premier siècle
était composée de dizaines de personnes et non de centaines.
Comment éviter que les voisins ne se plaignent
des véhicules? Faites une rotation de la réunion d’église chaque semaine
dans des maisons différentes, garez-vous tous du même côté de la rue et dans
l’entrée autant que possible afin de libérer la rue, garez-vous à une école
près ou à un magasin fermé, etc. Rappelez-vous aussi que l’idée est de
commencer une nouvelle église lorsque l’église en place devient trop nombreuse.
Il ne devrait pas y avoir tant de véhicules à garer.
Quels peuvent être les dommages causés à une
propriété lorsqu’on est hôte pour l’église? Des breuvages renversés, de la
nourriture échappée sur les meubles, des marques de crayons sur le plancher et
sur la nappe, des traces de boue, etc. Lors d’une réunion d’église une
adolescente a foncé à travers une porte patio (porte-fenêtre) fermée. Soyez
mentalement et (médicalement) préparés aux accidents.
Comment s’y prendre lorsque les enfants
d’un visiteur ou bien ceux d’un couple qui s’est joint récemment ne se
comportent pas bien? Pour
certains couples, les standards d’un comportement social acceptable varient
beaucoup des standards des autres. Cela pourrait vous choquer ou vous étonner
de voir à quel point certains parents sont indifférents aux actions
destructrices de leurs enfants. Dans de tels cas, vous devez leur demander
directement avec calme et politesse de s’occuper de leurs enfants. (Et
attendez-vous à ce qu’ils soient offensés, peu importe avec quel tact vous leur
en parlez!) Sans doute, ils n’auront pas une bien bonne idée de comment calmer
leurs enfants, alors soyez prêts à les aider pour l’éducation des enfants. Ayez
une bonne réserve de livres au sujet de l’éducation des enfants que vous
pourriez donner.
Les
réunions maison ne sont pas faciles, mais elles suivent le modèle du Nouveau
Testament.
— Steve Atkerson
Notes
1 Graydon F. Synder, Church Life
Before
2 Ibid., 67.
3 Williston Walker, A History of
The Christian Church (New York, NY:
Charles Scribner’s Sons, 1970) 43.
4 Robert Banks, Paul’s Idea of
Community: The Early House Churches in
Their Historical Setting (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing Co.,
1988), 41-42.
Questions à
discuter
1. Pourquoi les
églises-maison était-elle la norme dans le Nouveau Testament, et pendant
combien de temps le sont-elles restées?
2. Quelles sont
les preuves que la persécution et la pauvreté n’étaient pas les seules raisons
que l’église du premier siècle se réunissait dans les maisons?
3. Certains
disent que les églises-maison convenaient à l’église dans son enfance, mais non
dans sa maturité. Il était juste et naturel, ajouteront-ils, pour elle de
croître au-delà des limites d’une maison. Qu’en pensez-vous?
4. Pourquoi les
apôtres auraient-ils intentionnellement laissé un modèle d’église-maison?
5. De la
perspective pratique de la vie d’église, quels avantages y a-t-il à se réunir
dans une maison pour un croyant individuel?
6. Que faire
lorsque l’église grandit et devient trop grande pour la maison?
7. Devons-nous croire que de se réunir dans les
maisons n’était qu’un détail circonstanciel du plan pour la vie d’église, ou
bien cet aspect est-il autant voulu que les autres tels que les réunions
participatives, célébrer le Repas du Seigneur comme un repas complet et le
consensus d’assemblée? Pourquoi?
8. En quoi le
nombre de personnes a-t-il une influence sur la capacité d’une église d’avoir
une réunion participative ou d’atteindre un consensus d’assemblée?
9. Quels
avantages pour la croissance et la multiplication l’approche église-maison
a-t-elle par rapport à une approche axée sur un bâtiment d’église?
10. Comment une
église du premier siècle faisait-elle pour grandir sur le plan numérique tout
en continuant à se réunir dans des maisons privées?
11. Quels
problèmes peut-il arriver lorsqu’on accueille chez soi l’église pour la
réunion?
12. Que peut-on
faire lorsqu’une maison est carrément trop petite pour accueillir la réunion
d’église?
13. Quelle influence psychologique l’endroit que l’on
choisit pour la réunion peut-il avoir sur la réunion elle-même ou sur les gens
qui y participent?
Remarque :
La NTRF
offre aussi des ressources pour l’enseignant afin de l’aider à diriger une
discussion au sujet de la vie d’église du Nouveau Testament. Demandez The Practice of The